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La canne des Grands Maîtres


Une canne, nous disent les dictionnaires, est un bâton sur lequel on s’appuie en marchant. La canne des grands maîtres ne serait donc pas une canne : la hampe en est trop souple pour que l’on puisse songer s’y appuyer.

La canne est au Grand Maître ce qu’est la crosse à l’évêque, le sceptre au roi et le bâton au maréchal. C’est l’insigne de son magistère.

Quand nous avons décidé de nous transformer en confrérie, nous savions qu’il nous faudrait trouver un insigne adéquat qui serait remis solennellement à notre Grand Maître lors de la cérémonie d’installation de la Confrérie. Nous nous prîmes à rêver de quelque beau tronçon de vieux cep noueux que nous pourrions vernir et orner de façon idoine... En vain.

Soudain Yves, futur Grand Maréchal, qui allait être notre premier maître de chai, se présente chez un confrère qu’il entraîne jusqu’à un terrain à l’abandon au coin de la rue des Boulards et du sentier de la Garenne. Ils y pénètrent et s’arrêtent devant un grand arbre où grimpe une liane qui redescend, puis grimpe encore. Cette liane est une vigne, une vigne sauvage, une vigne indigène de Sucy. Nos deux compères en prélèvent une bonne longueur puis s’en retournent chez le compagnon d’Yves.

Là, hélas ! pour souple qu’elle soit, cette vigne ne se prête pas à se plier en un cercle complet, et encore moins à faire la double volute voulue pour le crosson de la canne du Grand Maître.
La solution s’impose : que le confrère laisse tremper longuement ce bois de vigne dans sa baignoire. Yves revient deux jours plus tard, constate avec satisfaction que le bois s’est assoupli de façon adéquate et l’emporte chez lui. Le lendemain il rapporte la canne avec son crosson en double volute et l’extrémité sertie à la hampe par une rangée serrée d’anneaux de fil de cuivre.
Il ne restera plus qu’à orner le crosson et la canne sera prête pour l’installation de la Confrérie.

C’est ainsi donc que la canne des grands maîtres de la Confrérie est faite du bois d’une vigne de Sucy.