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La hotte des Coteaux de Sucy


Quand nous avons décidé de transformer l’Association pour la Vigne de Sucy en confrérie, nous savions qu’il nous faudrait imaginer, puis réaliser, quelque insigne distinctif que les futurs confrères pourraient porter en sautoir et que recevraient par la suite les nouveaux récipiendaires lors de leurs intronisations.

Nous n’avons pas manqué d’amis et conseillers divers qui nous recommandaient à qui mieux divers artistes et graveurs de talent qui auraient pu créer pour nous quelque belle médaille originale. Mais nous tenions à ce que cet objet dont nous rêvions puisse servir, en quelque sorte, de coupe ou de mini-hanap, que ce soit donc aussi un récipient dans lequel on puisse se faire verser du vin pour l’en boire.

Pour autant, nous avons écarté presque d’emblée l’idée de nous contenter d’adopter une version modifiée du taste-vin bourguignon, ou de la tasse beaujolaise. Même marqué de nos armes, ce n’aurait pas été un insigne suffisamment distinctif et clairement propre à notre confrérie. Nous avons également rejeté rapidement l’idée d’une sorte de tasse en céramique, puis celle d’un verre suspendu au cou par un lacet.

C’est alors que Claude Bouxin, qui allait devenir notre Grand Imagier, nous a proposé une maquette en argile représentant en miniature une hotte de vigneron en osier . Nous avons été séduits aussitôt. L’élégance de l’objet, son lien avec la vigne, sa singularité qui le fait percevoir immédiatement comme notre insigne et enfin sa qualité, requise, de récipient prêt à ce que l’on y verse du vin pour l’en boire l’on fait adopter immédiatement avec enthousiasme.

Restait à réaliser l’objet en multiples exemplaires renouvelables. Il fallait choisir un métal noble qui ne fît pas souffrir le vin que l’on y verserait. Or, vermeil et argent écartés, nous avons retenu l’étain.

La tâche fut confiée par l’une d’entre nous à un maître étaigner en Anjou. Il réalisa un moule – qui reste notre propriété et ne peut servir que pour nous – et nous fournit depuis en hottes à la demande.

Le tout fut prêt à temps pour la cérémonie d’installation de la Confrérie du 25 avril 1987, chacun des dignitaires du Grand Conseil Chapitral de la nouvelle confrérie reçut une hotte des mains de son parrain et, le soir même, au cours d’un chapitre, les premiers intronisés, eux aussi, purent en recevoir chacun une à leur tour.

Quelle ne fut pas l’indignation de l’une d’entre nous d’entendre, au cours du dîner qui suivit, l’un de ces récipiendaires déclarer aux autres convives qu’il pensait donner cette « timbale » à son petit-fils. Elle le remit vertement à sa place en lui rappelant que le Grand Connetable venait de lui recommander d’en faire le meilleur usage pour la gloire du vin de Sucy ».

Jamais plus par la suite nous n’avons entendu à nouveau de tels propos irrévérencieux sur cette hotte que nous portons tous avec fierté et que beaucoup nous envient.