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Le serment d'allégeance


Lorsque nous cherchions une devise pour notre future confrérie, l’un proposa : « Les deux pieds dans la terre et le verre à la main » . La proposition ne fut pas retenue, mais la cadence alexandrine de la formule s’en vint taquiner la muse mirlitonne d’un autre d’entre nous et fit jaillir de sa plume ces quelques vers :

« Nous promettons, sans attendre demain,
De servir, honorer ce breuvage divin,
Les coteaux de Sucy applaudir des deux mains,
Et partout les vanter jusqu’en être chauvin.
Pour mériter, enfin, de Sucy boire le vin,
Nous jurons de rester par-devant Saint-Martin,
Du matin jusqu’au soir et du soir au matin,
Les deux pieds dans la terre et
le verre à la main. »

Et c’est ainsi que naquit, accepté d’emblée, notre serment d’allégeance. Depuis l’installation de la Confrérie en avril 1987, tous les nouveaux intronisés prêtent solennellement ce serment en tenant de la main droite leur hotte posée sur le cœur, tandis que tous les confrères présents le renouvellent en chœur avec eux. Nous sommes donc responsables de plus de cinq cents parjures, car au cours des vingt deux dernières années nous n’avons encore jamais vu personne …

« … rester par-devant Saint-Martin
Du matin jusqu’au soir et du soir au matin ».


Lors des premières intronisations, en 1987 et au début 1988, personne n’avait encore goûté « ce breuvage divin » : notre première vendange ne devait avoir lieu qu’en octobre 1987 et la première dégustation (presque au compte-gouttes) date du 27 février 1988. Mais la foi était telle en notre projet que nul récipiendaire n’a hésité pour autant à prêter ce serment et les dignitaires à le renouveler à plusieurs reprises.

« Les deux pieds dans la terre et le verre à la main » correspond bien à notre double but, esprit de réalisation et esprit festif : cultiver et bichonner notre vigne, élever et soigner notre vin, entretenir locaux et matériel certes, mais aussi festivités et convivialité. Car le vin c’est la fête et l’amitié. Nous aimons nous retrouver ensemble joyeusement, le verre à la main, après les travaux en commun et participer activement à nos fêtes et agapes ainsi qu’aux manifestations de nombreuses confréries amies.

Un coup d’œil à notre terrain, quand on y arrive par le haut, illustre ce propos : à droite les rangs de vignes, à gauche notre terrain de convivialité. D’un côté, de mars à septembre, tous les samedis matins – et même pendant la semaine pour certains – des confrères, les deux pieds dans l’herbe ou dans la terre, s’affairent autour de la vigne. De l’autre, à la pause après le travail, les confrères, le verre à la main, savourent ensemble l’amitié et un mâchon arrosé d’un gorgeon ou deux de vin.

C’est là aussi que tous les ans, en juin, nous tenons notre chapitre d’été où sont conviés tous nos adhérents et les confréries amies, chacun apportant pour les faire « taster » aux autres, une ou deux bouteilles spécialement choisies, et là nous passons la journée les deux pieds dans l’herbe ou dans la terre et le verre à la main.


N.B. : Au début, et pendant de très longues années, nous passions régulièrement le motoculteur dans la vigne et nous devions constamment piétiner dans la terre et dans la boue pour être à pied d’œuvre. Plus récemment, nous avons enherbé entre les rangs et maintenant c’est dans l’herbe que nous marchons pour travailler.